Boleiros (Français)

Footeux — Le Brésil en crampons
Synopsis

Dans un bistrot de São Paulo, aux murs couverts de photos de joueurs, un petit groupe se rencontre autour d'une profession: tous sont — ou ont été — des footeux, des professionnels du foot. Ils se retrouvent là pour évoquer de vieilles histoires, y aller de leur commentaire sur les équipes, les joueurs, les matchs, et les arbitres.

Anciens pro, Naldinho (Flávio Migliaccio) et Otávio (Adriano Stuart) viennent rencontrer tous les soirs leurs collègues: Ari (João Acaiabe) Tito (Oswaldo Campozana), l'arbitre (Rogério Cardoso) et Mamamá (César Negro). Autour de la table, un commentaire en entraîne un autre et finit par faire remonter à la surface quelque haut fait, ou quelque anecdote savoureuse ou pathétique. Ainsi vont surgir des figures originales, comme celle de l'arbitre vendu (Otávio Augusto) qui est prêt à tout pour faire gagner son équipe; ou celle de Paulinho Majesté (Aldo Bueno), brillant joueur autrefois, que la misère a réduit à mettre en vente ses médailles et trophées; de l'enfant prodige (João Mota) qui se laisse entraîner par des voyous; d'Azur (Cléber Colombo) qui a marqué le plus beau but des dernières parties et qui va se hisser à la condition de héros d'un soir; du joueur blessé (André Bicudo) qui n'hésite pas à recourir aux sortilèges du candomblé; du tombeur de ces dames (Paulo Coronato) qui essaie de dribbler la vigilance de l'entraîneur pour aller retrouver une des clientes de l'hôtel (Marisa Orth) où est descendue l'équipe.

Avec un humour nostalgique, parfois corrosif, le film de Ugo Girogetti est peuplé de ces personnages communs, aux histoires presque banales. Car tout un chacun possède une histoire qui vaut la peine d'être contée. Le tout est de savoir la raconter.

Le tournage

Le tournage de Boleiros (Footeux) a duré 60 jours et a fait appel a une équipe relativement grande puisqu'elle comptait 104 acteurs avec répliques, et un nombre significatif de figurants. Ceci n'a cependant pas présenté de grandes difficultés car le film a pratiquement été tourné en épisodes. A ce titre, la diversité des acteurs a sans doute été plus lourde pour la direction.

Les 28 lieux de tournage dans la ville de São Paulo, confèrent au film un attrait supplémentaire et permettent une rapide lecture de la ville à travers certains de ses quartiers. Réaliser les prises de vues en extérieur n'est pas une mince affaire, et on peut facilement imaginer les obstacles que l'équipe a dû surmonter dans une mégalopole inondée par la circulation et le bruit.

Film sur le football, Boleiros (Footeux) a compté sur l'assistance d'un conseiller technique hors pair: l'ancien joueur professionnel de l'équipe du Corinthians de São Paulo, et de l'équipe nationale Luiz Carlos, qui fut un informateur précieux. Une autre ex-vedette du club, Zé Maria, le champion du monde de 1970 apparaît également dans le film, dans le rôle d'un entraîneur.


Interview de Ugo Giorgetti

Le réalisateur Ugo Giorgetti est maintenant connu pour ses portraits très particuliers de personnages très ordinaires. Peut-être faut-il aller chercher du côté de sa profession de réalisateur de films publicitaires, l'explication de cette technique qui consiste à distinguer ce qui est a priori dépourvu de la moindre distinction.

On connaît déjà son musicien paumé et ses minables escrocs joueurs de billards de "Festa" (Fête); ses fonctionnaires de la Morgue, sa directrice de publicité hystérique et le gars du barbecue de "Sábado" (Samedi). "Boleiros" (Footeux), son cinquième long métrage de fiction, continue sur cette même lancée. On y retrouve des types que nous avons tous rencontrés un jour, mais que nous n'avons pas su connaître.

En dehors du fait que vous adorez le football, y a-t-il une autre raison à un film sur les "footeux"?
Non, aucune autre raison. Sur notre trajet de vie on finit par abandonner des choses, laisser derrière soi des personnes, des maisons, des quartiers. Dans mon cas, j'ai pu conserver peu de choses, l'une d'elles c'est le foot. Je n'ai jamais perdu l'intérêt pour le foot, il fait partie de mon identité.

Vous avez joué au foot?
Ah, bien sûr. Je jouais même bien. D'ailleurs tout le monde est convaincu qu'il joue bien, mais il ne faut pas aller regarder de trop près... Ça peut paraître curieux, mais je pense que pour apprécier le foot, il faut y avoir joué un jour. Il n'y a que celui qui a joué au foot pour savoir très profondément ce que représente "un dribble magistral", par exemple. Il y a un joueur, Evair, qui aime dire: "Le foot c' est un truc pas compliqué: je te passe le ballon et puis tu me passes le ballon". L'essence en est très simple, mais allez donc jouer!

Vous semblez citer particulièrement certaines équipes. Y a-t-il une raison à cela?
Ça peut paraître prétentieux mais, en fait, je n'ai pas voulu faire un film sur le foot, mais un film sur mon foot. Une grande partie du film est sur un football qui n'existe plus. Les équipes que j'ai choisies sont celles qui appartiennent à mon univers que j'ai construit dès l'enfance.

Il y a une scene du filme qui est inoubliable: il s'agit d'une vidéo d'un but de Dener, ce joueur de la Portugaise mort dans un accident de voiture. Pourquoi précisément ce but?
D'abord les exigences du scénario. Il fallait que ce soit un joueur noir qui marque le but. Et le plus beau but marqué par un joueur noir dans les derniers temps est celui de Dener. Et vous en connaissez les circonstances? Ce jour-là, l'entraîneur de la Portugaise avait dit dans les vestiaires: "Bon les gars vous faites tout comme il faut mais ça sert à rien. Alors écoute Dener, tu rentres et tu décides la partie."

Dans vos films vous montrez une grande habileté à transformer des faits relativement quelconques en histoires amusantes et émouvantes. Croyez-vous que tout le monde ait une histoire intéressante à raconter?
Je ne sais pas si tout le monde a une histoire intéressante à raconter, mais les joueurs en ont. Je dirais qu'il y a des gens qui travaillent et vivent dans des situations assez particulières. Le type qui gagne sa vie en jouant au billard, celui qui travaille à la Morgue, le joueur de foot, ce sont sans aucun doute des personnes en dehors de la banalité.

Et après Footeux?
J'ai en projet un long métrage intitulé Le Prince, sur un intellectuel qui, pour un problème de famille, est obligé de rentrer à São Paulo après avoir vécu dix-sept ans à Paris.


Footeux
(Long métrage, 93 minutes, couleur, 1998)
Scénario et direction — Ugo Giorgetti
Production exécutive — Malu Oliveira
Direction de production — Marçal Souza
Direction de la photographie — Rodolfo Sanchez
Direction artistique — Isabel Giorgetti
Son direct — Miguel Ângelo
Montage — Marc De Rossi
Musique — Mauro Giorgetti


Filmographie

Longs Métrages
Quebrando a cara (documentaire, 1977-1986)
Jogo duro (fiction, 1985)
Festa (ficton, 1988)
Sábado (fiction, 1985)

Courts métrages
Bairro dos Campos Eliseos (1973)
Rua São Bento, 405, Predio Martinelli (1975)
Praça da Sé (1976, supervision de montage).